Alter Ego

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En ces mondes obscurs où les astres divaguent,
Il y a un esprit, qui me guette et me nargue.
Et son souffle est celui des défunts immobiles,
Qui, juchés au sommet de leurs membres graciles,
Observent chaque instant le reflux, du lichen
Sur leurs tombes de pierre, et du sang dans mes veines.
Son regard est humide, et d'un gris éthéré :
Ses deux globes vitreux, si mornes et glacés,
Semblent voir en secret, tout au fond de mes songes,
Le prégnant souvenir que la mort est mensonge.
Ses caresses d'instant, au roulis voluptueux,
Sont les bras qui me portent; cet ange silencieux,
Qui me guette et me nargue, il n'a d'autre souci,
En sa lente langueur, que de prendre en ma vie
L'océan en tempête et l'orage incertain
Qui secouent tour à tour mes joues qui ont déteint:
Craquelées et vieillies, mes bien pâles couleurs
Ont laissé mon visage en sa froide torpeur,
Pour rejoindre un instant, quand les astres divaguent,
Cet esprit maladif, qui me guette et me nargue.

Montpellier, février 2002