Le soir est calme.

Avant que le jour ne parte faire un somme, le vent a viré plein Ouest, nous apportant dans ses bagages les rumeurs de l'océan. Et cet écho délicat, à peine audible des vagues dans le lointain, berce amoureusement la nuit silencieuse. Sur la toile orangée des éclairages urbains qui caressent les nuées au dessus de ma tête, cette bourrasque marine et cajoleuse fait rouler les nuages, petites masses cotonneuses imperceptiblement plus claires, qui viennent glisser et traverser de part en part la perspective du jardin.

En passant la véranda, j'ai vu qu'une grosse araignée s'était à nouveau accroché au verre branlant de la porte qui se déploie sur notre petit espace naturel en ville. Alors, je me dis que c'est comme la dentelle noire que trace le pommier du voisin en bourgeons sur la voûte claire de la nuit; que c'est comme lorsqu'aujourd'hui les rafales secouaient cet arbre, pour lui arracher ses milliers de pétales immaculés et les déposer sur la terre noire que nous avons retournée la semaine dernière. Que c'est comme ces pommes qui bientôt viendront perler au bout de ses branches, ou ce jardin dont les graines auront poussé, et qui exploseront doucement, peu à peu, en une féérie champêtre et multicolore...

Dans l'air du soir, je me dis que c'est tout pareil; ce témoignage anodin de cycles immuables qui m'ont précédé et qui me survivront, c'est comme cet instant fugitif de contemplation nocturne, qui viendrait me glisser au coin de l'oreille: "l'éternité, c'est ça".

Alors je contemple l'éternité; je trouve ça beau, et je me dis que j'ai de la chance de l'apercevoir au travers de ces petites répétitions du monde. Et je dis merci à la nuit. 

Prose nocturne