P261210_15Demain, c'est lundi; ou plutôt, étant donnée l'heure, tout à l'heure ce sera déjà lundi. Le lundi, et son cortège de journées à mener tambour battant jusqu'au prochain week-end, son florilège d'imprévus sur le coin de la gueule, et son manège tourbillonnant d'heures stériles...

 

Dans quelques heures, on sera lundi. Et une fois de plus, dans la solitude glacée d'une nuit sans sommeil, on se demande comment, à nouveau et inlassablement, on réussira à voir le bout de la semaine qui commence déjà à grignoter nos vies, un peu plus, toujours plus...car en dépit des aléas, on sait déjà à quoi tout cela va ressembler. Il y aura des surprises, bonnes et mauvaises; mais comme on sait que, à l'instar des petites girafes, les bonnes surprises sont rares, on préfère ne pas trop compter dessus; tout en se disant, d'un coin un peu cynique de la conscience, qu'une nouvelle suffisamment mauvaise permettrait au moins de limiter la casse intérieure, et de briser a chaîne de la routine. Reste que les mauvaises surprises, ça court un peu les jours, alors on en a d'autant plus sa claque qu'au bout du compte, à force, ça paralyse, les mauvaises surprises.

 

Alors on tourne, on retourne dans sa tête et on se retourne dans son lit : on remue sa conscience, on touille ses scrupules, on tourbillonne cet enfoiré de miroir du dedans, celui dont on n'arrive jamais tout à fait à détourner le regard. Et puis, on se lève, et on va se faire un truc chaud pour tromper la mort en noircissant sa vie d'une manière ou d'une autre, pour remplir, pour oublier, pour se sortir toute cette merde du crâne. Mais non, faut que ça sorte; et pourquoi ça ne veut pas nous lâcher ? Il faut faire confiance à son corps et à son âme : parce que cette angoisse est essentielle, et dans le fond, on le sait bien; pire, en dépit de notre lâcheté, on sait très bien que ces tourmentes sont essentielles, car elles nous poussent à nous poser les bonnes questions, celles que notre coeur veut poser, quoi qu'il en coûte, pour tenter de nous mettre sur la piste de notre propre bonheur. Bref, on a beau essayer de se leurrer, de toutes ses forces, on sait très bien.

Tout est vain, tout ceci n'est qu'un leurre; et ce n'est pas là que nos jours aspirent à aller.

Car demain, c'est lundi. Le jour de reprendre le boulot. Il n'y a pas de mauvais boulots, de mauvaise vie; tout au plus de mauvaises conditions de travail, de mauvaises conditions de vie : ce qui est suffisant pour moi, peut très bien être une torture pour toi. Tout ce qui importe, c'est de savoir si c'est bien ce que l'on veut, là, tout au fond, si en l'état actuel des choses cela nous convient; et le cas contraire, qu'est-ce que l'on peut faire pour parvenir à un état convenable, apaisé et serein. Lorsque tout le corps dit non, de chacune de ses fibres, que les yeux s'ouvrent toujours à un moment de la nuit pour nous signifier que la peau tremble, il faut prendre ses couilles à quatre mains et trouver le courage de se planter devant le miroir, pour de bon. Qui es-tu ? Qu'est-ce que tu veux vraiment ? Qu'est-ce que tu vaux vraiment ? Et toi, là, est-ce que ta vie te va ? Qu'est-ce qui déconne, et qu'est-ce que tu peux y faire ?

En allant au boulot tout à l'heure, il sera impératif de se souvenir que du moment que l'on vit, on n'est pas mort; au delà de la lapalissade, du moment que l'on a encore une marge de manoeuvre, rien n'est immuable, rien n'est figé : donc, tout peut être réinventé. Ce n'est même pas de l'espoir, c'est simplement un fait logique, imparable, qui crée l'espoir lui-même. Et pour ça, il faut savoir qui l'on est. De là, on comprend ce que l'on peut, donc ce qui est convenable, ou plus exactement, ce pour quoi l'on est fait.

Prenons une ligne pour emmerder les donneurs de leçons, les critiques, les frustrés : chaque quête intérieure est digne de respect, car elle est propre à chaque être, et chacun la mène avec ses propres armes; et globalement, on fait tous avec ce que l'on a, tant bien que mal. J'ai vu un jour un ancien ami se foutre de la gueule d'une nana très branchée new age en pleine réflexion de ce genre; je ne peux m'empêcher d'avoir un peu de mal avec les doctrines néo-hippies, au bout du compte je crois que ça éloigne les gens d'eux-même en leur bourrant le crâne de dérives contestables. Cependant, j'ai été déçu de cette réaction : même s 'il me semblait alors que cette femme prenait une direction erronnée, il fallait au moins lui reconnaitre le courage de prendre sa vie en mains et de tenter de se poser les bonnes questions. Là où la critique de mon camarade, moqueuse et méprisante, faisait tristement écho au fait que lui-même ne prenait pas une seconde pour regarder si sa vie lui convenait, et s'il pouvait y faire quelque chose. Moralité, quelques années plus tard, il a merdé toutes les chances que le destin a mis judicieusement entre ses pattes, et il ne fait que stagner. Paix à lui.

Alors demain c'est lundi; dans moins de cinq heures, je prendrai place à mon poste de travail, je me défoncerai pour accomplir ma mission de mon mieux, et je ferai du bon boulot, loyalement et en conscience. En plus, j'ai un bon travail, de bons responsables et plutôt une bonne boîte. Il paraît que j'ai l'essentiel...

Alors toi petit bonhomme, au pied de ce phare comme à l'aube de ta vie, qu'en feras-tu ? Je n'ai qu'un conseil à te donner : écoute ton coeur, car ceux qui te diront le contraire n'écouteront que leur raison; ils ne voudront que ton bien, de toute leur âme, mais ils te conduiront à ta mort. Tu prendras des coups, mais peu importe : tu n'auras rien à regretter. De mon côté, je crois avoir un rôle de grand frère à jouer : montrer l'exemple...